Salons professionnels : protéger le savoir-faire de son entreprise face à l’ingérence économique

Les grands salons internationaux, tels que Vivatech ou Eurosatory, constituent des vitrines technologiques incontournables. Mais ils représentent également de véritables « supermarchés de l’information » pour les concurrents et certains services de renseignement étrangers.

Dès lors, comment exposer, convaincre des partenaires ou lever des fonds sans compromettre ses secrets de fabrication ni dévoiler le cœur d’une innovation ?

La protection du savoir-faire ne s’improvise pas à l’ouverture du salon : elle repose sur une démarche structurée d’identification, de valorisation et de sécurisation des actifs, qu’ils soient matériels ou immatériels.

Des situations à risque bien réelles

Plusieurs scénarios doivent être anticipés :

  • Le faux investisseur ou client (ingénierie sociale) : sous couvert d’intérêt ou de flatterie, certains visiteurs posent des questions de plus en plus précises sur une technologie, amenant progressivement l’exposant à dépasser le simple discours commercial.
  • La captation de données à distance (cybermenaces) : faux réseaux Wi-Fi, attaques Bluetooth ou dispositifs malveillants peuvent être utilisés pour compromettre les appareils des collaborateurs.
  • Le vol ou l’espionnage indirect : prototype laissé sans surveillance, échanges sensibles tenus dans des lieux publics proches du salon, autant d’occasions de fuite d’informations.

Les principales menaces

  • Pillage de la propriété intellectuelle : captation d’éléments techniques (photos, documents) facilitant la copie ou la rétro‑ingénierie, notamment avant le dépôt de brevet.
  • Fuite d’informations stratégiques et commerciales : données clients, organisation interne, niveau de maturité technologique ou intentions d’achat.
  • Ingérence humaine : exploitation de la fatigue ou du manque de vigilance des équipes via des techniques de manipulation et d’extraction d’information.

Une approche structurée pour mieux protéger

Identifier et valoriser ses actifs

Protéger efficacement suppose avant tout de connaître ce qui a de la valeur :

  • Recenser les actifs clés (algorithmes, codes sources, bases de données, procédés, prototypes, équipements…) ;
  • Evaluer l’impact potentiel d’une fuite (perte d’avantage concurrentiel, disparition d’un monopole technologique) ;
  • Définir les mécanismes de protection adaptés (brevets, secrets d’affaires, enveloppe Soleau, etc.).

Passer à l’action : avant, pendant et après le salon

En amont : préparer et sensibiliser

  • Encadrer clairement le périmètre de communication des équipes (ce qui peut être divulgué ou non).
  • Éviter les dossiers de presse trop complets et prévoyez des plaquettes à plusieurs niveaux d’information, à ne remettre qu’en fonction du sérieux du prospect.
  • Appliquer une hygiène numérique stricte : suppression des données sensibles inutiles, chiffrement des supports, filtres de confidentialité sur les écrans.
  • Exposer si possible des prototypes ou des répliques anodines (non à l’échelle) qui ne dévoilent pas les caractéristiques majeures du produit et ne permettent pas de prélèvement de matériaux innovants
  • Utiliser un ordinateur dédié uniquement à l’évènement, expurgé de toute donnée stratégique ; verrouillez les ports USB de tous les autres matériels pour éviter l’introduction de logiciels malveillants.
  • Former les commerciaux et conférenciers au phénomène d’élicitation (méthode pour soutirer des informations de façon anodine) et aux risques de manipulation (flatterie, fausses vérités)

Pendant : maintenir une vigilance constante

  • Sécuriser physiquement les équipements et prototypes ; ne jamais laisser le matériel sans surveillance.
  • Désactiver les fonctions Bluetooth et Wifi de vos appareils nomades pour éviter les interceptions ; utiliser un VPN ; évitez les bornes Wifi gratuites et n’utilisez pas de « flash codes » proposés par des tiers, car ils peuvent être piégés.
  • Savoir répondre avec fermeté aux sollicitations intrusives (« information confidentielle », « soumise à NDA », etc.) ; évitez les conversations sensibles dans les lieux publics (restaurants, transports, hôtels) ou au téléphone.
  • Demander systématiquement des cartes de visite pour vérifier l’identité et la légitimité de vos interlocuteurs ; se méfier des « visiteurs parasites » envoyés par des concurrents pour saturer votre stand.

Après : analyser et surveiller

  • Analyser les cartes de visite, vérifier l’identité des contacts suspects ou atypiques.
  • Suivre les commentaires dans la presse spécialisée et sur les réseaux sociaux pour surveiller votre e-réputation.
  • Mettre en place une veille pour détecter d’éventuelles reproductions ou fuites dans les mois suivants.
  • Rédiger un rapport d’étonnement formalisant tout fait inhabituel, comportement illogique ou questionnement suspect survenu durant le salon, pour aider à transformer des signaux faibles en véritable analyse de risques.
  • Informez les services de l’État (Gendarmerie, DGSI) de toute tentative d’ingérence avérée ou suspectée.
  • Contrôler les matériels et logiciels, et vérifier qu’ils n’ont pas été compromis.

Conclusion

  • La sécurité économique n’est pas un obstacle au développement commercial, mais une condition essentielle de sa durabilité et de sa valeur.
  • Protéger son savoir-faire implique d’ancrer une véritable culture de vigilance au sein des équipes et de s’appuyer sur des pratiques éprouvées.
  • Pourquoi ne pas évaluer dès maintenant la résilience de vos équipes avant votre prochain salon ? KRYPTEIA peut vous accompagner dans cette démarche, n’hésitez pas à nous contacter pour échanger à ce sujet.

Sources